Critique du film Ma Sorcière Bien Aimée

Sale temps sur les cinés en ce moment, c’est moi qui vous le dis. Y’a des soirs comme ça, où l’on va insouciement consulter la filmo d’un réalisateur sur allocine, pensant si proche l’heure d’un repos bien mérité qu’on s’imagine naïvement que plus rien ne pourra en troubler la quiétude. Ce soir là l’air était frais, frais comme le regard d’un traître dans un film d’art et d’essais suédois. Je venais de clore ma dernière affaire, un cas difficile : un vieux film français des années trente qui avait mal vieilli. Au dehors les bruits de la ville s’étaient tus. Comme pour une trêve. Comme pour nous rappeler que même dans ce monde de fou, le choix du prochain éliminé de la fabrique à veaux chantants pouvait encore attendre le temps d’une lune. Les chats, les dealers, les égarés revenus convaincre un monde incrédule qu’ils sont déjà là et que l’invasion a commencé et tous les autres habitants de la nuit emmitouflaient leurs allées et venues et leurs petites affaires honteuses d’une parka de silence que seul les pales de mon ventilateur plafonnier déchiraient encore, vrombissant comme pour me prévenir que quelque chose de pourri allait arriver. Quelque chose qui vous glacerait le sang aussi sûrement qu’un tête-à-tête avec Michel Houellebecq. Et là, comme une grosse paire glacée de pognes format Castaldi (père) vous fouettant la gueule sans prévenir, elle débarque dans votre vie.

Elle ? La femme bien sûr. Il y a toujours une femme, et là, ça ne pouvait pas manquer. Une blonde, aguicheuse, avec des jambes qui n’en finissent pas et qui balancent hypnotiquement au dessus d’un balai enfourché avec la désinvolture d’une Diane Chasseresse, un nez troussé de reine d’Egypte qu’elle remuait à vous faire perdre la tête au point d’entendre sonner des clochettes. Et la voilà qui traverse mon écran, mon pauvre écran qui, dans sa platitude, peinait à rendre compte des courbes vertigineuses de ce succube tout droit sorti d’un Casablanca tourné à Poudlard avec son petit chapeau conique noir. Evidement elle avait un boulot pour moi. Un sale boulot. Un boulot puant la mort comme l’haleine d’un mangeur de kebabs. Un boulot qu’un maquereau hongrois n’aurait pas eu la cruauté de confier à un skinhead sado-maso : me rencarder sur la sortie au cinéma de “Ma Sorcière Bien-aimée”. Et moi qui voulais arrêter le whisky…
A moins qu’on ait inventé le pop-corn au L.S.D. sans m’en avoir parlé, ça promettait un moment de solitude à vous faire pâlir un admirateur de Desproges perdu dans un spectacle d’Eric et Ramzy. J’aurais pu imiter Ulysse ou Mesrine, et fuir le chant des sirènes. Mais vous le savez bien, l’homme est faible au-dedans. Tant pis pour les bonnes résolutions…

Alors évidemment je me précipite sur la fiche du film — d’ailleurs j’ai déjà oublié le nom du réalisateur, ça lui apprendra à être japonais avec un nom à coucher dehors — et j’apprends que Nicole Kidman tiendra la vedette de ce chef-d’oeuvre, secondée par Shirley MacLaine. “Pas encore morte” avais-je noté pour moi-même à voix haute, “officiellement en tout cas”. Et je gardais à l’esprit l’affaire Philipe Léotard, qui a continué à tourner longtemps après sa mort. Et moi qui voulais arrêter le whisky…

Bilan : je ne vais évidemment pas pouvoir fermer l’oeil de cette nuit, tout excité à cette idée qui m’a traversé l’esprit : et s'”ils” s’osaient, s'”ils” étaient assez fous, assez pervers, assez sadiques, pour une version longue de “La Fête à la Maison”. Imaginez un peu l’horreur avec Jerry Seinfeld dans le rôle de l’oncle Joe, un Baldwin — n’importe lequel — pour l’Oncle Jessie. Je sens que d’ici peu de temps, il faudrait que je partage ces vues cauchemardesques allongé sur un divan. En attendant, je tente de me consoler en me disant que “Salut les Musclés” n’a pas traversé l’Atlantique, juste histoire de faire taire la voix qui dit de régler ça avec une salade de pruneaux… “Papy René”… Putain … Monde de merde …. Je pourrais me remettre au turbin, coincer le salaud qui a fait ça, mais à quoi bon puisqu’un autre prendrait sa place ?

La morale de cette histoire est qu’Hollywood est une fosse sceptique qu’on n’est pas près de vider, et qu’il est somme toute logique d’en retrouver la vie en image dans des torches-culs type Entrevue ou Tele 7 Jours. La morale de cette morale est qu’il est bon pour lui qu’Hollywood s’occupe de remettre des Oscars à Hollywood car sinon qui pourrait sérieusement songer à le faire — hormis peut être le tuning touch award décerné par le tuning club de la zone industrielle de Savigny-le-Temple à “Speed-Fast-&-Furious 4 – Le retour du couillu qu’en a sous le moteur” ?

Bon sang, j’en avais gros sur la patate, dites donc . Et encore, faut voir ce que j’avais préparé sur “Da Vinci Code” avant de m’autocensurer au dernier moment. Et moi qui voulais arrêter le whisky. Sale temps sur les cinés en ce moment, c’est moi qui vous le dis.

Ajoutons à cela que l’été se meurt, chaque soir un peu plus tôt, dans le rose sanguin de son agonie vespérale à l’heure où le poète se prépare à rejoindre le chien errant au caniveau et sur une échelle de 1 à 5, soit à peine un escabeau, ce film se casse lamentablement la gueule avec la grâce d’un chanteur de hip-hop.